Politique Société

Dre Sandra Paulemon imprime sa marque à la tête du MPCE

Depuis une vingtaine d’années, on n’avait pas vu un Ministère de la Planification et de la Coopération Externe aussi actif, aussi présent sur le terrain et aussi fidèle à sa mission première : orienter, coordonner et piloter le développement économique et social du pays. Depuis l’arrivée de la Dre Sandra Paulemon à sa tête, au début du mois de mars 2026, le MPCE a cessé d’être un ministère que l’on consulte par simple obligation administrative. Il est redevenu ce que la loi a voulu qu’il soit : le cerveau stratégique de l’État, celui qui transforme la vision gouvernementale en programmes, en projets et en résultats mesurables.

Le mois de septembre 2026 en est la démonstration la plus éclatante. En un peu plus de trois semaines, le MPCE a parcouru huit départements, du Nord-Est aux Cayes. Il a relancé des Tables départementales de concertation parfois en sommeil depuis six ans. Il a conduit, avec l’ensemble des ministères sectoriels puis avec la Primature, les arbitrages du Programme d’Investissement Public 2026-2027. Il a lancé puis clôturé la revue de portefeuille des projets à financement externe. Il a pris part aux réflexions nationales sur le financement de l’action climatique et lancé, au nom du Premier Ministre, l’année scolaire 2026-2027. Il a rendu visite aux Bureaux électoraux départementaux, doté ses directions déconcentrées de véritables outils de travail et porté sa voix au Forum citoyen pour la paix.

Rien de tout cela ne relève du hasard. Tout relève de la planification. Un ministère de la Planification qui planifie d’abord sa propre action donne l’exemple de ce qu’il attend de l’ensemble de l’État. La devise que le Ministère affiche désormais dans ses publications résume cette ambition en trois verbes : stabiliser, organiser, accélérer.

« Se chausser de tennis » : une méthode avant une tournée

Pour comprendre ce qui s’est passé en septembre, il faut revenir à une phrase prononcée par la Ministre devant les employés de la Direction départementale du Nord-Est, le 3 septembre. Dès son installation, a-t-elle rappelé, elle avait prévenu les membres de son Cabinet et les cadres de l’institution qu’ils devraient « se chausser de tennis ». La formule est simple, presque familière. Elle dit pourtant l’essentiel d’une philosophie de gouvernement : la planification ne se fait pas seulement derrière un bureau à Port-au-Prince. Elle se fait aussi sur les routes, dans les salles communales, face aux maires, aux délégués, aux paysans, aux entrepreneurs et aux fonctionnaires qui portent l’État au quotidien, loin de la capitale.

Cette méthode repose sur une conviction que la Ministre a répétée dans chacun des huit départements visités. La planification nationale ne peut être pensée uniquement depuis la capitale. Elle doit partir des territoires, intégrer leurs réalités et valoriser leurs potentialités. C’est cette conviction qui donne son sens à la tournée du Grand Nord, à celle du Grand Sud et aux arbitrages budgétaires menés entre les deux. C’est elle aussi qui éclaire le chantier le plus structurant du moment, le Programme National de Stabilisation et de Relance Économique, Sociale et Territoriale. Pour le MPCE, le développement doit partir des territoires, des besoins réels des territoires, avec les territoires et jamais à leur place.

Le Grand Nord : là où tout a commencé

Tout a commencé le jeudi 3 septembre 2026, dans le Nord-Est. Ce jour-là, la Ministre préside la première Table départementale de concertation de sa tournée. Elle y rappelle l’article 35 du décret du 2 février 2016 portant organisation du Ministère, qui fait de la Direction départementale la structure déconcentrée chargée de mettre en œuvre, sur le territoire, les politiques publiques définies au niveau central. La Direction départementale n’est donc pas une simple représentation administrative. Elle est un relais stratégique de l’action publique, un espace d’observation, de coordination, de suivi et de dialogue.

La Ministre décrit un département situé à l’extrémité orientale du pays, ouvert sur l’océan Atlantique et directement connecté à la République dominicaine. Sa position frontalière lui confère une importance particulière et impose une planification capable d’intégrer à la fois les enjeux économiques, sociaux, environnementaux et transfrontaliers. Elle passe en revue les projets du PIP 2025-2026 : le débarcadère de Fort-Liberté, la rénovation urbaine à Sainte-Suzanne, le renforcement des structures administratives, ainsi que l’aménagement et la valorisation de la plaine de Maribahoux. Elle rappelle aussi l’origine de la Table de concertation. Le mécanisme est né dans le Nord-Ouest au début des années 1990, face à la dégradation de la sécurité alimentaire et à la multiplication d’interventions peu coordonnées, avant que le MPCE ne l’étende à tout le pays. Sa raison d’être tient en une formule : mieux coordonner pour mieux développer.

Le Directeur départemental du MPCE dans le Nord-Est, M. Emmanuel Paul, a salué le dynamisme de la nouvelle administration. Le représentant de la Délégation départementale, M. Patrick Dumas, a souhaité que les doléances des vice-délégués, des agents intérimaires et des ONG soient réellement prises en compte. Devant les employés de la Direction départementale, la Ministre a annoncé des programmes de formation. Elle a remis au Directeur départemental une allocation de fonctionnement et informé le personnel d’une subvention accordée pour la rentrée des classes. La Direction a reçu une trousse de travail complète : un guide pratique pour les rapports de visite de terrain, la liste des projets du département inscrits au PIP rectificatif, le budget rectificatif, le Plan stratégique de développement d’Haïti et son rapport de suivi, ainsi que les deux tomes du manuel de procédures de gestion de l’investissement public.

Le lendemain, vendredi 4 septembre, la Ministre est au Cap-Haïtien. Elle y est accompagnée du Ministre du Commerce et de l’Industrie, M. James Monazard. Ce détail n’est pas anodin : la planification se fait ici en équipe gouvernementale. Le Ministre Monazard a d’ailleurs salué les efforts du MPCE pour faciliter le décaissement de douze projets de son ministère inscrits au PIP rectificatif. Il a aussi reconnu que le travail de la Ministre avait permis d’accroître considérablement le taux de décaissement des projets du PIP. C’est un témoignage rare, venu d’un collègue du Gouvernement, sur l’efficacité concrète de la nouvelle administration.

Dans son allocution, la Ministre assigne au Nord une vocation claire : devenir le pôle régional structurant de tout le Grand Nord. Le département dispose pour cela d’un aéroport international, d’un port ouvert au commerce extérieur et d’institutions universitaires. Son patrimoine est de dimension mondiale, avec la Citadelle Laferrière, le Palais Sans-Souci et le site des Ramiers. Son littoral compte Labadie, Cormier, le Borgne et Port-Margot. Ses terres fertiles, la Plaine du Nord, la Plaine du Limbé et la vallée de Saint-Raphaël, produisent café, cacao, agrumes, maïs, riz, banane, igname et canne à sucre. La Ministre cite les projets du budget 2025-2026 : les pôles touristiques intégrés, la réhabilitation du site de Bois-Caïman, les silos de stockage agricole, la réhabilitation de l’Hôpital Universitaire Justinien et l’extension de la couverture cadastrale. Elle mentionne aussi l’aménagement des berges de la rivière Haut-du-Cap et les réparations urgentes du Campus Henry Christophe de Limonade.

Sa leçon de planification est limpide : relier l’agriculture au stockage, le patrimoine au tourisme, les routes aux marchés et l’aménagement urbain à l’attractivité économique. Elle prend surtout un engagement public : pour l’exercice 2026-2027, elle veillera à ce que les priorités du Nord soient mieux prises en compte dans la programmation des ressources.

Le Directeur départemental, M. Francène Dieu, a vu dans cette présence un signal fort. Le Délégué départemental, M. Marc Présumé, a exposé les freins au développement du département. Le même jour, la Ministre a visité le Bureau électoral départemental du Nord, sur instructions du Premier Ministre. Elle a rencontré les employés de la Direction départementale, qui ont reçu, en plus de la trousse habituelle, le Plan communal de développement de Milot et le schéma local d’aménagement du territoire du Cap-Haïtien.

Pour le Nord-Ouest, les contraintes du moment ont empêché la visite physique prévue. Le dialogue institutionnel a néanmoins été maintenu par visioconférence avec les responsables et les acteurs du département. Ne pas pouvoir se déplacer n’a pas voulu dire renoncer à écouter.

Pendant ce temps, les 3 et 4 septembre, le MPCE participait aussi à la Table sectorielle sur le financement climatique organisée par le Ministère de l’Environnement. Il y était représenté par M. Jean Marie Claude Germain, conseiller spécial au cabinet de la Ministre et ancien Ministre de l’Environnement. Les travaux ont jeté les bases d’une feuille de route nationale sur la finance climatique. Pour le MPCE, dans un pays aussi exposé aux phénomènes climatiques qu’Haïti, la résilience des territoires doit s’inscrire au cœur même de la planification.

Le lundi 7 septembre, à Ennery, la Ministre remplit une mission qui dépasse le cadre de son ministère. Au nom du Premier Ministre, S.E.M. Alix Didier Fils-Aimé, elle lance officiellement l’année scolaire 2026-2027 autour du thème « Yon Lekòl Pou Tout Moun ». Le choix d’Ennery n’est pas neutre. Il traduit la volonté de l’État de placer les territoires au cœur de l’action publique et de rappeler que l’avenir du pays se construit dans toutes ses communes. « Rouvrir les classes ici, c’est réaffirmer la présence de l’État et la priorité absolue accordée à la jeunesse rurale », déclare-t-elle. Elle annonce le renforcement de la subvention des manuels scolaires, le soutien aux familles vulnérables et l’extension des cantines scolaires, approvisionnées en priorité par les produits agricoles de l’Artibonite. Elle remet des lettres de nomination et des cartes de débit aux enseignants et distribue des kits scolaires à l’École nationale Toussaint Louverture. Le même jour, elle visite le Bureau électoral départemental de l’Artibonite. Elle y échange avec des jeunes bénévoles engagés dans la sensibilisation électorale et leur rappelle le pouvoir que le vote confère à chaque citoyen.

Le mardi 8 septembre, toujours à Ennery, terre intimement liée à la mémoire de Toussaint Louverture, la Ministre préside la Table départementale de l’Artibonite, qui clôture la tournée du Grand Nord. Elle y salue le plus vaste département du pays, carrefour naturel entre le Nord, le Centre, le Nord-Ouest et l’aire métropolitaine, traversé par la Route Nationale no 1 et ouvert sur le golfe de la Gonâve. C’est aussi la terre de Gonaïves, Cité de l’Indépendance, et de Marchand-Dessalines, première capitale de l’Haïti indépendante. Elle évoque la vallée de l’Artibonite, principal bassin rizicole du pays, irriguée par le plus long fleuve d’Haïti. Elle cite la mangue Francisque du Haut-Artibonite, les ports de Gonaïves et de Saint-Marc et les ressources minières à valoriser de manière responsable. Elle salue le Fort de la Crête-à-Pierrot, le Palais aux 365 portes, les Lakous Souvenance, Soukri et Badio, ainsi que le rara, expression vivante de notre mémoire collective.

Son mot d’ordre : passer de la production à la création de valeur. « Notre responsabilité collective est de faire en sorte que ces atouts ne restent pas de simples potentialités », a-t-elle martelé. Reconnaissant que les interventions actuelles sont loin d’être suffisantes pour un département premier en superficie et deuxième en population, elle s’engage à ce que des ressources plus conséquentes lui soient allouées dans le prochain budget.

Le Directeur départemental, M. Alex Céus, a promis de pérenniser la démarche. Le Délégué départemental, M. Quéson Jean-Louis, a plaidé pour un meilleur partage d’informations sur les projets. La Direction départementale a reçu une allocation destinée à l’acquisition de matériel roulant et de nouveaux équipements, ainsi qu’à la réhabilitation de son local, qui avait été incendié. Peu de gestes disent mieux la reconstruction de l’État sur le terrain. Avant de quitter Ennery, la Ministre annonce la suite : le Ministère portera prochainement la même démarche dans le Grand Sud. Le soir même, elle regagne Port-au-Prince.

Le bâton de pèlerin dans l’Ouest : arbitrer le PIP 2026-2027

Deux jours plus tard, le jeudi 10 septembre, la Ministre prend son bâton de pèlerin dans l’Ouest. Entre les deux tournées se déroule l’exercice le moins médiatisé, mais peut-être le plus décisif : l’arbitrage des projets à inscrire au Programme d’Investissement Public de l’exercice 2026-2027.

La première journée a rassemblé les institutions de la culture, de la communication et du rayonnement national. Il y avait les ministères de la Culture, de la Communication, des Affaires étrangères et des Cultes, ainsi que le Ministère des Haïtiens Vivant à l’Étranger et le Rectorat de l’Université d’État d’Haïti. S’y ajoutaient le Théâtre National, le MUPANAH, l’ENARTS, l’ISPAN, Akademi Kreyòl Ayisyen, la Direction Nationale du Livre, le Bureau Haïtien du Droit d’Auteur et la Radio-Télévision Nationale d’Haïti.

La deuxième journée, le vendredi 11 septembre, a été consacrée aux grands ministères de l’économie réelle et des services sociaux : la Jeunesse et les Sports, le Tourisme, l’Environnement, la Condition Féminine et les Droits des Femmes, l’Agriculture, les Travaux Publics, l’Éducation nationale, les Affaires Sociales, la Santé publique et le Commerce. La troisième, le samedi 12 septembre, a réuni les institutions de souveraineté et de régulation : la Défense, la Justice et la Sécurité Publique, l’Intérieur et les Collectivités Territoriales, le Conseil Supérieur du Pouvoir Judiciaire, la Cour Supérieure des Comptes et du Contentieux Administratif, le Conseil Électoral Provisoire et le Ministère de l’Économie et des Finances. Puis, le lundi 14 septembre, à la demande de la Primature, une séance exceptionnelle a été consacrée aux organismes placés sous sa tutelle, parmi lesquels l’OMRH, la Commission Nationale des Marchés Publics, la CONALD, le Comité Interministériel d’Aménagement du Territoire et le CEFOPAFOP.

La Ministre a fixé le cap dès l’ouverture. Ces échanges devaient permettre à chaque institution de défendre ses projets, d’en démontrer la pertinence et la cohérence avec les priorités du Gouvernement. Ils devaient aussi permettre au MPCE de retenir les projets les mieux alignés sur la lettre de cadrage adressée par le Premier Ministre à tous les ordonnateurs et sur le Pacte national pour la stabilité et l’organisation des élections. Le Directeur Général, M. Guy Roméro Latry, a rappelé la situation financière précaire du pays, qui impose d’orienter chaque gourde vers des projets capables d’aboutir. Le Directeur de l’Investissement Public, M. Frantz Bastien, a présenté ses rapports d’analyse de la programmation sectorielle. Il a signalé sans détour les faiblesses de certains dossiers et exigé les pièces manquantes. L’objectif affiché est un PIP réaliste, cohérent et mieux aligné sur les priorités nationales, et non un catalogue de promesses.

Ce qui frappe, c’est le lien direct entre le terrain et l’arbitrage. Le 4 septembre, au Cap-Haïtien, la Ministre s’était engagée à mieux prendre en compte les priorités du Nord dans l’exercice 2026-2027. Le 8 septembre, à Ennery, elle avait promis à l’Artibonite des ressources plus conséquentes. Le 10 septembre, elle était à la table des arbitrages. Les engagements pris devant les territoires n’ont pas eu le temps de refroidir.

La revue de portefeuille : ouvrir le dossier de l’aide externe

Le vendredi 18 septembre, à Port-au-Prince, la Ministre lance officiellement la revue de portefeuille des programmes et projets à financement externe pour l’exercice 2025-2026. Les chiffres présentés par la Directrice de la Coopération Externe, Mme Yvrose Guerrier, sont sans complaisance. Le portefeuille actif des bailleurs atteint 364,75 milliards de gourdes, répartis sur 118 lignes de financement correspondant à 112 projets uniques. Seuls 141,29 milliards ont été effectivement décaissés, soit un taux de 38,74 %. Plus de 223 milliards de gourdes restent donc à mobiliser.

Ce jour-là, la Ministre fixe la doctrine qui guidera toute la suite : « Haïti ne saurait être simplement le lieu d’exécution d’une multitude de projets. Haïti doit être l’acteur principal de la définition, de l’orientation et du suivi-évaluation des interventions qui concourent à son développement. » Elle articule la démarche autour de trois exigences : l’appropriation nationale, l’efficacité et les résultats, et la responsabilité mutuelle. Elle plaide pour éviter les duplications, particulièrement lorsque plusieurs partenaires interviennent dans un même secteur ou un même département. Elle salue la remise en ligne du Module de Gestion de l’Aide Externe, qui permet désormais aux bailleurs de saisir leurs données en temps réel.

Le lundi 21 septembre : trois fronts le même jour

Le lundi 21 septembre illustre mieux que toute autre date la rigueur de l’organisation. À Port-au-Prince, les séances de travail de la revue de portefeuille s’ouvrent sous la présidence du Directeur de Cabinet, M. Paul Ruddy Mentor, avec le Canada, la France, la Banque interaméricaine de développement et la Banque mondiale. Au même moment, le MPCE est représenté au Forum citoyen pour la paix organisé par l’Office de la Protection du Citoyen et le Système des Nations Unies. Et à Jacmel, la Ministre ouvre la tournée du Grand Sud, entourée du Directeur Général et des responsables techniques du Ministère. Un ministère capable de tenir trois fronts le même jour, sans que l’un ne se fasse au détriment de l’autre, est un ministère organisé.

Le Grand Sud : quatre départements, une même méthode

Chaque étape du Grand Sud a suivi l’architecture éprouvée dans le Grand Nord. Il y avait d’abord la Table départementale de concertation, présidée par la Ministre. Venait ensuite la rencontre avec les employés de la Direction départementale, avec allocation, dotation de rentrée et trousse de travail, enrichie du cadre méthodologique type pour l’élaboration d’un Plan communal de développement. Enfin, sur instructions du Premier Ministre, la Ministre rendait visite au Bureau électoral départemental. Elle a ainsi rencontré M. Kesnel Pétion dans le Sud-Est, M. Fritznel Presmy dans les Nippes, Mme Evashnah Pierre dans la Grand’Anse et Mme Andrelle Brezault Joseph dans le Sud. Partout, elle s’est engagée à porter leurs préoccupations auprès des instances compétentes. Elle a aussi demandé à ses directions départementales d’appuyer les BED sur le plan logistique, en mobilisant les agents de développement du Ministère, qui sont huit dans le seul département du Sud.

À Jacmel, le 21 septembre, le Directeur départemental du MPCE, M. Stanley Mentor, a rappelé une donnée qui en dit long sur l’état dans lequel la nouvelle équipe a trouvé l’institution. La Table du Sud-Est, créée en février 2008, ne s’était plus réunie depuis octobre 2020. Six années de silence dans un espace censé être le lieu naturel du dialogue entre l’État et le territoire. La relancer n’est donc pas un geste symbolique, mais la réparation d’un maillon cassé de la chaîne de planification. Le Délégué départemental, M. Jude Pierre Michel Lafontant, a souhaité que le Conseil technique départemental retrouve lui aussi un fonctionnement régulier.

Dans cette ville de culture, de création et de patrimoine, la Ministre a parlé du littoral, des plages de Jacmel, de Cayes-Jacmel et de Marigot et du Bassin Bleu. Elle a évoqué le carnaval, les masques en papier mâché, la sculpture, la poterie et l’artisanat du bois, ainsi que le café, les agrumes et la banane des montagnes et des vallées. Elle a cité la réhabilitation de la route Jacmel–Marigot, la résilience écologique à Belle-Anse, le campus de l’Université publique du Sud-Est et le bureau de la Direction sanitaire. Elle a aussi rappelé l’esprit de la Constitution, qui reconnaît la section communale, la commune et le département comme collectivités territoriales. Mais elle a aussitôt ajouté qu’« un projet inscrit dans le PIP ne constitue pas une fin en soi. Il doit produire des résultats ».

Les Nippes, carrefour du Grand Sud

Le 22 septembre, à Miragoâne, la Ministre a livré l’une des lectures territoriales les plus fines de toute la tournée. Elle a saisi ce qui fait la singularité des Nippes : leur géographie.

Le département est bordé au nord par le golfe de la Gonâve, au sud par le département du Sud, à l’est par l’Ouest et à l’ouest par la Grand’Anse. Il occupe ainsi une position unique dans l’architecture de la péninsule. Les Nippes ne sont pas un territoire de passage parmi d’autres. Elles sont le point de jonction, le carrefour par lequel transitent nécessairement les échanges entre la capitale et tout le Grand Sud. Aucun autre département de la péninsule ne partage ses frontières avec autant de voisins. Pour la Ministre, c’est un atout géographique qu’il faut cesser de subir et commencer à valoriser.

Le plus jeune des départements d’Haïti, jeune par sa création mais ancien par la richesse de son histoire et de ses terroirs, recèle un potentiel encore largement sous-exploité. Sur le plan agricole, les zones d’Anse-à-Veau et d’Arnaud produisent le maïs, les fruits et les cultures maraîchères. La Grande Rivière de Nippes ouvre de réelles perspectives d’irrigation et d’extension des surfaces cultivables. Sur le littoral, la pêche artisanale vit grâce aux mangroves de Baradères, de Petite-Rivière-de-Nippes et d’Anse-à-Veau, qui servent de véritables nurseries aux ressources de la mer. Le port naturel en eau profonde de Miragoâne laisse entrevoir un avenir de cabotage et d’échanges commerciaux qui reste à consolider. Quant aux paysages côtiers et montagneux, de l’Étang de Miragoâne aux sites de Petite-Rivière et d’Anse-à-Veau, ils dessinent les contours d’un tourisme durable encore à construire.

La Ministre a réservé une place particulière à Fonds-des-Nègres. La commune abrite le troisième marché agricole du pays et le site de Saint-Grégoire. Elle rayonne aussi à travers l’œuvre de Marie Vieux-Chauvet, qui a porté le nom du Plateau de Fonds-des-Nègres bien au-delà de nos frontières. Elle a énuméré les six interventions du PIP rectifié. Il s’agit de la réhabilitation urbaine de Miragoâne, du corridor vert de Baradères/Cayemites appuyé par la coopération canadienne, des fonds locaux d’aménagement et de la place publique de Fort-Réfléchi. S’y ajoutent le marché public de Petite-Rivière-de-Nippes et le centre de santé de Saint-Yves, à Saut-du-Baril. Elle a reconnu avec franchise que ces six interventions ne comblent pas à elles seules tous les besoins, mais qu’elles témoignent d’une trajectoire et d’une présence continue de l’État.

C’est ici que la Ministre a convoqué un vieil adage inspiré de la tradition du konbit, symbole de la solidarité paysanne haïtienne : « Le pays, c’est fait pour ceux qui savent le prendre à bras-le-corps, avec toute leur force et tout leur amour. » Puis elle s’est adressée directement aux habitants dans leur langue : « Se ansanm, tankou nan yon gwo kombit, pou nou travay pou fè Nip vin tounen yon vrè kalfou devlopman pou tout Grandsid la. Leta ap la, l ap akonpaye nou, men chak moun gen wòl pa yo pou jwe. » Le message était clair : l’État sera présent, mais le développement ne se décrète pas. Il se construit ensemble, chacun tenant sa part du travail. Le Directeur départemental, M. Michelet Ledoué, a salué ce leadership. Le Délégué, M. Joseph Morisseau, a plaidé pour un meilleur partage d’informations. Le Président du Conseil municipal de Miragoâne, M. Mardoché Trofort, a appelé à une planification cohérente, participative et axée sur les besoins des populations.

La Grand’Anse et le Sud : vaincre la distance, libérer le potentiel

À Jérémie, le 23 septembre, dans la « Cité des poètes », la Ministre a posé une phrase qui résume à elle seule la philosophie de la tournée : la distance ne doit pas devenir une fatalité. Elle l’a redit en créole : « Nou pa dwe kite distans lan tounen yon baryè pou devlopman Grandans lan. » La Grand’Anse, avec son cacao, son café, ses fruits, ses ignames et ses autres tubercules, ses plages, ses rivières et les reliefs de la péninsule de Tiburon, ne doit pas être pénalisée par son éloignement. Elle a cité l’immeuble de la Direction départementale du MEF, le bureau d’administration de la 8e section Fond Rouge Dahère, le centre de santé de Balizier/Baptiste et la réhabilitation du Tribunal de Paix d’Abricots. Elle a ensuite dessiné l’horizon d’une Grand’Anse mieux connectée, où les producteurs accèdent aux marchés, où les jeunes trouvent des opportunités et où les services publics se rapprochent des citoyens.

Le Directeur départemental, M. Eddy Prévilon, a souligné le caractère historique du déplacement en personne d’une ministre de la Planification. La Mairesse de Jérémie, Mme Alexandre Yvrose Pierre, et le Délégué, M. Michel Paulémont, ont appelé à fédérer les efforts. Citant Antoine de Saint-Exupéry, la Ministre a rappelé que l’avenir ne se prévoit pas : il se rend possible.

Aux Cayes, le 24 septembre, pour clôturer la tournée, elle a dressé le portrait d’un département à la base productive diversifiée. Il y a la plaine des Cayes et son riz, son maïs, sa banane et ses pois, la filière vétiver à forte valeur ajoutée et un élevage actif. Il y a l’Île-à-Vache, Gelée, Port-Salut, Aquin, les grottes et le Parc national Macaya. Il y a aussi une façade maritime propice à une véritable économie bleue, fondée sur la pêche, l’aquaculture et le commerce côtier. Elle a souligné l’intérêt stratégique de l’aéroport Antoine Simon et du port international du Sud, ainsi que le rôle des Cayes comme pôle d’échanges de tout le Grand Sud. Elle a cité l’irrigation durable de la plaine d’Aquin, le centre ambulancier régional, le campus de l’Université publique du Sud et le centre de santé à lits de Tiburon. Et elle a conclu que le Sud ne doit pas seulement être considéré comme un territoire à desservir, mais comme un territoire capable de produire, d’entreprendre, d’attirer et d’innover.

Le Délégué départemental, M. Raymond Clergé, et le Directeur départemental, M. Ernst Robert Charles, ont salué l’initiative. La Mairesse adjointe des Cayes, Mme Merzier Émilienne, a rappelé la place des collectivités dans la réflexion sur le développement.

Dans chacune des huit étapes, du Nord-Est aux Cayes, les cadres techniques du Ministère ont accompagné la parole politique. Mme Ketsia Jeudy a présenté le dispositif de suivi-évaluation du PIP, M. Woodly Sanon la planification spatiale et M. Junior Armel Bélizaire les interventions des ONG. Le Directeur Général a conduit les échanges avec les participants. C’est la marque d’une équipe qui travaille, et non d’une ministre qui se déplace seule pour la photo.

Le 25 septembre : la boucle est bouclée

Le vendredi 25 septembre, la Ministre rentre à Port-au-Prince à midi et rejoint immédiatement le bureau central. Elle y clôture la revue de portefeuille, en présence des représentants du Mexique, de Cuba et de l’Équipe pays des Nations Unies. Pendant cinq jours, sous la présidence de son Directeur de Cabinet, la France, le Canada, la BID, la Banque mondiale, l’Espagne, la Suisse, l’Union européenne, le Japon, l’OEA, Cuba, le Mexique et le Système des Nations Unies avaient examiné, projet par projet, l’état d’avancement des interventions.

Dans son discours de clôture, la Ministre a rappelé ce que représentent les 364,75 milliards de gourdes du portefeuille : « Derrière ces montants, il y a des routes, des écoles, des centres de santé, des systèmes d’eau potable, des emplois. Il y a des familles qui attendent des résultats. » Elle a établi un lien direct entre la tournée qu’elle venait d’achever et les discussions avec les partenaires. Les populations attendent des projets visibles, qui atteignent réellement les communes et changent concrètement leur quotidien.

La boucle est bouclée : la voix des territoires, recueillie la veille aux Cayes, est portée le lendemain devant les partenaires internationaux, sans rupture ni délai. Le MPCE annonce une synthèse et un plan d’action, suivis à travers le Comité d’Efficacité de l’Aide, les Tables sectorielles et thématiques et les Tables départementales de concertation. Les territoires ne sont plus seulement consultés : ils deviennent partie prenante du contrôle des résultats.

Le PNSREST : là où tout converge

Toute cette séquence prend son sens véritable à la lumière du chantier le plus structurant engagé par le MPCE : le Programme National de Stabilisation et de Relance Économique, Sociale et Territoriale. Le PNSREST est en cours de mise en place avec l’appui du Système des Nations Unies et doit voir le jour dans le cadre du budget 2026-2027.

Le troisième qualificatif de son intitulé n’est pas un détail : territoriale. La stabilisation et la relance d’Haïti ne peuvent pas être conçues uniquement depuis Port-au-Prince, ni à partir des seuls agrégats macroéconomiques. Elles doivent partir des besoins réels des territoires. Ce sont les silos du Nord et les débarcadères du Nord-Est, les canaux de l’Artibonite et le port de Miragoâne, les routes de la Grand’Anse et l’économie bleue du Sud. Ce sont aussi les tribunaux de paix qui rendent justice, les centres de santé qui accueillent et les directions départementales qui suivent les projets.

C’est tout le sens des tournées du Grand Nord et du Grand Sud. Elles ne sont pas des opérations de communication. Elles constituent la phase d’écoute et de diagnostic d’un programme national qui entend s’enraciner dans les réalités départementales. Comme la Ministre l’a rappelé à Miragoâne, on ne développe durablement un territoire qu’avec celles et ceux qui l’habitent, jamais à leur place.

La chronologie prend alors tout son relief. Le Grand Nord du 3 au 8 septembre, les arbitrages du PIP du 10 au 14 septembre, le lancement de la revue de portefeuille le 18, le Grand Sud du 21 au 24 et la clôture de la revue le 25 convergent tous vers le même horizon : l’exercice 2026-2027, qui s’ouvre dans quelques jours. En septembre 2026, le MPCE a réuni en un seul mouvement les trois sources de l’investissement public, à savoir le budget national, l’aide externe et la connaissance fine des besoins locaux. C’est précisément ce qu’on attend d’un ministère de la Planification.

Au-delà de la sécurité, la paix par le développement

Au Forum citoyen pour la paix, le 21 septembre, le Directeur de Cabinet a porté la voix de la Ministre. La paix, a-t-il rappelé, n’est pas uniquement une question de sécurité. Elle est aussi une question de justice, de dignité, de développement, d’opportunités économiques et de participation citoyenne. « Planifier, c’est préparer l’avenir. » Et préparer l’avenir d’Haïti, c’est intégrer la paix, la cohésion sociale et la résilience au cœur des politiques publiques.

Cette conviction relie tout le travail du MPCE en septembre. Un enfant d’Ennery qui retrouve sa salle de classe, un jeune de Jérémie qui trouve une opportunité, un pêcheur de Baradères dont la mangrove est protégée : chacun contribue à sa manière à la stabilisation du pays. Il en va de même pour un riziculteur de l’Artibonite qui transforme sa production et pour un employé des Nippes qui dispose enfin des outils de son métier. Le développement territorial n’est pas un luxe réservé aux périodes calmes. C’est l’une des conditions du retour au calme. Les visites aux Bureaux électoraux départementaux, du Nord aux Cayes, participent de la même logique : il n’y a pas de stabilité durable sans institutions issues du suffrage universel.

Une marque, une méthode, une exigence

La marque de la Dre Sandra Paulemon tient en trois mots. Le premier est la présence. Une ministre de la Planification qui se rend en personne à Fort-Liberté, à Ennery, à Miragoâne ou à Jérémie envoie un message que nul discours ne peut remplacer. Cette présence dit aux fonctionnaires des départements qu’ils ne sont pas oubliés, et aux populations que l’État les regarde.

Le deuxième est la cohérence. Le Grand Nord prépare les arbitrages du PIP, et les arbitrages précèdent le Grand Sud. La tournée nourrit la revue de portefeuille, et la revue nourrit le plan d’action. Le tout converge vers le PNSREST et le budget 2026-2027. Rien n’est isolé, tout est articulé.

Le troisième est l’exigence. Exigence envers les partenaires, à qui l’on demande des résultats et un meilleur alignement sur les priorités nationales. Exigence envers les ministères sectoriels, dont les dossiers doivent être complets et justifiés. Exigence envers l’administration, à qui l’on demande des données fiables et disponibles à temps. Exigence, enfin, envers les directions départementales, à qui l’on donne des moyens, mais dont on attend en retour une présence réelle et régulière sur le terrain.

Le défi qui s’ouvre maintenant est considérable. Les engagements pris dans les huit départements devront se traduire dans le PIP 2026-2027. Les 223 milliards de gourdes restant à décaisser devront devenir des chantiers. Les Tables relancées devront se réunir régulièrement, et non tous les six ans. Le PNSREST devra passer du document à la réalité vécue par les populations. Rien de tout cela n’est acquis, et la Ministre elle-même ne prétend pas le contraire.

Mais une chose a changé. Le Ministère de la Planification et de la Coopération Externe a retrouvé sa fonction, sa voix et sa méthode. Il planifie, il arbitre, il coordonne, il écoute et il suit. Il fait de la planification ce qu’elle aurait toujours dû être, selon les mots de la Ministre à Jacmel : « un véritable instrument de transformation des territoires ». Stabiliser, organiser, accélérer : la devise n’est plus un slogan, c’est un agenda.

À Jérémie, la Ministre citait Saint-Exupéry : pour ce qui est de l’avenir, il ne s’agit pas de le prévoir, mais de le rendre possible. Entre le 3 et le 25 septembre 2026, de Fort-Liberté aux Cayes, en passant par les salles d’arbitrage de Port-au-Prince, le MPCE a commencé à le rendre possible.

Une ministre experte en politiques publiques, en finances et en diplomatie imprime ainsi sa marque avec rigueur et vision. Sûre de sa mission, elle fait confiance à ses collaborateurs et les met en valeur. Se dessine alors un trio complémentaire : une ministre qui connaît sa mission, un Directeur Général, M. Guy Roméro Latry, qui administre les directions techniques et départementales, et un Directeur de Cabinet, M. Paul Ruddy Mentor, qui mobilise les ressources humaines. Sous cette impulsion, le MPCE reprend son envol et retrouve sa place au cœur de l’État. Ses cadres, directeurs et directrices techniques sont mis en valeur. Ses directions départementales, longtemps oubliées, reprennent confiance et se sentent enfin reconnues. Les territoires, eux, se savent désormais écoutés. C’est une équipe dynamique, capable de jouer sur plusieurs fronts à la fois, appuyée par un cabinet technique où siègent d’anciens hauts fonctionnaires de l’État. Haïti peut compter sur un ministère qui ne se contente plus de planifier l’avenir, mais qui le construit.

Jean Marc Gabriel

Desk Report

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